#Conférence_de_Presse_de_l_Association_des_Magistrats_de_Guinee_et_le_Ministère_de_la_Justice.

Ce vendredi 05 Avril 2019, le Président de l’Association des Magistrats a animé une conférence de presse sur le thème de la protection et de la sécurité des Magistrats menacées par les déclarations récentes du député Amadou Damaro CAMARA.
En guise d’ouverture de la conférence, Monsieur Mohamed Aly THIAM a rappelé les dispositions de l’article 23 du Statut des Magistrats, citation :« Article 23 : Les Magistrats jouissent, comme les autres Citoyens, de la liberté d’expression, de croyance, d’association et d’assemblée. Ils ont notamment le droit de prendre part à des débats publics concernant la Loi, l’administration de la Justice et la promotion et la protection des Droits de l’Homme ».
Si les Magistrats ne parlent pas, ce n’est qu’ils sont sous l’interdiction de la loi, mais parce que leur fonction est de faire régner le droit, qui est le lit stabilisateur de la société, contrairement à la politique, l’économie, le syndicalisme, etc qui sont sources de phénomènes générateurs de troubles ou déséquilibres dans les rapports sociaux.

Ce sont les échecs de la société, résultant des activités politiques, économiques et sociales, qui sont renvoyés aux cours et tribunaux. Les magistrats sont tenus non de faire des commentaires, mais de prendre obligatoirement des décisions, qui font toujours mal à une ou des parties ; puisqu’à l’issue d’un procès, un perdant exprime, à tort ou à raison son mécontement, son désaccord. Expression encadrée par les voies de recours.
Monsieur Damaro ne peut ignorer leur existence. Monsieur Damaro sait qu’en cas de manquement par un magistrat à ses obligations, le plaideur ou justiciable est en droit de saisir le CSM. Cet organe a indiqué éloquemment sa volonté de mettre fin à l’impunité au sein de la Magistrature.
Monsieur Damaro abandonne ses voies de la loi pour se livrer à des injures, outrage, diffamation et dénonciations calomnieuses, en oubliant ses activités de trafic d’influence à l’endroit des Magistrats.
L’orateur a remercié Monsieur Damaro d’avoir ouvert la boîte à Pandore, en faisant une allusion malicieuse et malveillante au traitement des Magistrats, qui sera inscrit parmi les point de l’ordre du Jour de la prochaine assemblée générale des Magistrats qui aura lieu le vendredi 12 Avril 2019. D’autres questions relatives aux conditions quotidiennes de travail des magistrats seront également discutées pour des actions concrètes à entreprendre.
Ce n’est pas la personne de Damaro qui compte. Ce qui sera pris en compte c’est l’impact incitateur à la violence ou à la rébellion contre les Magistrats dans les préfectures où ils sont confinés sans service efficace de sécurité, sans aucune sorte de protection, travaillant dans des bâtiments vétustes, avec des meubles bruyamment branlants et une situation hygiénique désolante à cause de la rareté d’eau et d’équipements sanitaires inadéquats.
Monsieur Damaro est député à l’Assemblée nationale qui dote les institutions de moyens budgétaires pour leur fonctionnement efficace . Il n’a cure de la situation des magistrats et de l’état miteux des palais de justice ou de la porosité des maisons de détention. Il se vante de ne pas mettre les pieds dans les juridictions, mais quant à claironner à tout vent l’incurie des Magistrats, il est preux et éloquent héraut.
L’orateur a dit que le seul corps au sein duquel, sans retard, l’organe de discipline prend des sanctions, c’est bien celui des Magistrats. La multiplicité et la sévérité des sanctions indiquent bien la conscience et la volonté de la magistrature de mettre fin aux indélicatesses et à l’impunité.
Au lieu d’apprécier et encourager cet effort, on veut obtenir du CSM l’humiliation des magistrats sanctionnés, par la publication de leurs noms.
Monsieur Damaro a calomnié, outragé les magistrats, hors session. L’immunité parlementaire en session et hors session n’est pas la même. L’assemblée générale des Magistrats examinera toutes ces questions et décidera ce qui paraîtra adéquat et Juste.
Le but de la conférence de presse est de dire à Monsieur Damaro et tous ceux qui lui ressemble que le trafic d’influence, l’ingérence dans les affaires judiciaires ou l’entrave aux procédures rencontrera, non pas seulement la résistance des Magistrats, mais leur réaction vigoureuse par l’usage des armes de la loi.

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#QUESTIONS_DES_JOURNALISTES
La première question soulève l’opportunité de l’inscription du traitement à l’ordre du jour de l’Assemblée générale.
La deuxième concerne les raisons de la décision d’intenter une action contre Damaro qui n’est pas le premier, puisqu’il y a eu le cas de Faya Millimono et même du chef de file de l’opposition. La réaction contre Damaro n’est-elle pas tardive ? La justice, elle-même, ne prête-t-elle pas le flanc à ce dont elle est victime, au regard de l’arrestation du journaliste ?
Le Procureur général Yaya Kaïraba dit qu’il ne défère qu’aux instructions reçues du Ministre de la Justice, cela est-il normal au regard de l’indépendance de la Magistrature et de la séparation des pouvoirs ?
#REPONSES
Sur l’opportunité de l’inscription de la question du traitement des magistrats, le Président de l’Association des magistrats a répondu qu’elle est non pas seulement opportune, elle est impérative, pour une double raison.
La première est qu’elle est posée depuis longtemps. Les magistrats ont gardé le silence et observé une attitude de compréhension des difficultés nationales auxquelles l’Etat fait face, eu égard aux revendications musclées des enseignants et d’autres contingences budgétaires. Voilà que monsieur Damaro souffle la trompette des inconséquences des magistrats qui seraient les mieux payés, alors que des fonctionnaires d’agences de régulation sont mieux payés, sans compter la disparité de traitement entre la Cour des comptes, la Cour constitutionnelle et les autres Cours et Tribunaux.
La seconde, un décret du Président de la République a revalorisé la grille salariale qui n’est pas appliquée au magistrat.
Les magistrats n’ont pas de couverture médicale. Les chefs de Juridiction et de Parquet n’ont pas de véhicule de service, alors que leurs auxiliaires en sont luxueusement dotés. Monsieur Damaro le sait.
Le régime de pension des Magistrats est flou.
L’insuffisance criard de bureaux, de salles d’audience et de toilettes entasse les magistrats à plus de trois personnes dans des locaux exigus, sans climatisation et sur des meubles d’un âge antédiluvien.
Sur la deuxième question, aucune décision n’est prise pour intenter ou non un procès contre Damaro. Il appartient à l’Assemblée générale de choisir entre mépriser les dires du député en raison de leur petitesse morale ou les prendre au sérieux en raison de leur incidence potentielle de violence ou menace sur la sécurité des magistrats, dans les contrées éloignées.
C’est en raison de la petitesse morales des déclarations de Faya Millimono que les magistrats, prenant la mesure de ce qu’ils seront juges et parties, ont pris l’attitude de mépris pour se placer à la hauteur de la noblesse de leurs fonctions.
Au sujet de la question tardive sur la réaction, Mohamed Aly THIAM dit que l’Association des Magistrats de Guinée décide à l’unanimité ou la majorité de ses membres, d’où la présence de ceux-ci à Conakry, compte tenu de l’éloignement de bons nombres d’entre eux.
La justice prête-t-elle le flanc à ce dont elle est victime ? Oui et non.
Oui, parce que certains membres de l’Association cèdent aux pressions exercées sur eux par ceux qui les vilipendent et les pourfendent.
Non, parce que la réserve, contenue dans notre serment de dignes et loyaux magistrats, est un pilier de notre éthique. Malheureusement, cette obligation solennelle est interprétée comme une couardise qui autorise les brocards et malveillances. Mais maintenant nous affirmons que trop, c’est trop. Ceux qui ont cru en notre peur rencontreront désormais une détermination farouche et notre pugnacité individuelle et collective. Terminée les ingérences, enterrées les trafics d’influence.
Nous élargissons et approfondissons le Rubicon pour rendre impossible sa traversée.
Concernant l’instruction du Ministre aux Membres des Parquets, c’est la loi qui l’organise en raison de la fonction de ministère public dont ils sont investis. Dans les limites de la loi, l’instruction du Ministre est légitime, sauf à rappeler que la Constitution prohibe l’exécution des ordres hiérarchiques manifestement illégaux, en déclarant que nul ne peut se prévaloir d’un tel ordre.
Une assemblée générale des Magistrats est convoquée le vendredi 12 avril 2019, à la Cour d’Appel de Conakry, à 10 heures pour débattre de l’ensemble des questions liées à la protection, la sécurité, le traitement et accessoires de salaires, la prise en charge médicale, la retraite, etc.
Sur ces mots, la conférence prit fin à 11h 55mn

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